TROIS PATRONS ET TROIS CURÉS pour la paroisse de Louvières

(extraits et adaptations des Notes Historiques sur le Bessin) Dans les années qui suivirent l'an mil, trois des principaux seigneurs de Louvières ont contribué à la construction du choeur de l'église et ont eu le droit de choisir chacun leur curé auquel l'évêque de Bayeux donnait les pouvoirs nécessaires. Plus tard l'un de ces trois patrons a remis sa part entre les mains les mains de l'évêque qui la confia au Chapitre de Bayeux. Mais pendant les guerres que se firent les fils de Guillaume le Conquérant, à Louvières comme à Asnières et en beaucoup d'endroits, tout ce qui appartenait à l'église de Bayeux fut usurpé.

Au milieu du 12ème siècle, Philippe d'Harcourt  (l'un des huit enfants de Robert d'Harcourt et de Colette d'Argouges), devenu évêque de Bayeux racheta plusieurs des terres vendues ou volées. Une lettre du Pape Eugène III en date du 3 février 1152 porte que Philippe d'Harcourt fit restituer une des 3 portions de Louvières moyennant 40 livres versées à celui qui la détenait. Puis il redonna aux chanoines de Bayeux cette portion ainsi que les patronages de Carcagny, de Cahagnolles (paroisse actuellement réunie au Fresne-Camilly) "pour être participant à perpétuité aux prières de l'église de Bayeux".

Vers 1350 lorsque fut rédigé le Livre Pelut, les 3 patrons de l'église de Louvières étaient Guillaume de Vierville qui fut taxé à 40 livres (pour la guerre contre les Anglais), le chapitre de Bayeux, taxé à 20 livres et Raoul de Louvières taxé à 20 livres.

Les descendants de celui-ci possédèrent le lieu où s'élèvait le manoir voisin de l'église: au 15ème siècle Artus de Louvières y eut pour fils et héritiers Pierre et Jean de Louvières. Le sus-dit Pierre y fut le père d'Artus Il et de Michel; ceux-ci demeuraient à Louvières lorsqu'ils firent leurs preuves de noblesse au 16ème siècle (leurs cousins, David et François de Louvières habitaient à Vaux-sur-Aure).

Les de Louvières cédèrent leur portion du patronage de Louvières aux de Bailleul qui étaient déjà en possession de la première portion comme successeurs des de Vierville. Dans son journal, Jehan de Canivet qualifie Guillaume de Bailleul seigneur de Vierville et de Louvières, lequel, dit-il "passa de vie à décès le 1er août 1569"

La nièce de ce patron de Louvières donna sa main et les deux patronages à Guillaume Canivet dont l'un des sept fils fut seigneur de Louvières et comme tel "fut inhumé dans le choeur contre la paroi du midi" le 25 janvier 1657. Au même lieu "furent ensépulturés Gilles et Michel Canivet" celui-ci qualifié patron de Louvières, le 2 septembre 1663. Leur héritier Gilles Canivet, 2ème du prénom, vendit en 1669, ses deux parts du patronage à Adrien de la Rivière, sieur de Roumilly. D'ancienne noblesse, les de la Rivière qui étaient en 1465 à St-Germain du Crioult avaient eu des représentants à Bayeux et à Hérils près de Maisons. L'église Saint-Nicolas des Courtils qui s'élevait jadis devant le château de Bayeux reçut en 1584 le corps de feu François de la Rivière, sieur de Roumilly et de Hérils, lieutenant général du vicomte de Bayeux. L'un de ses fils, Jean, continua la branche des sieurs de Hérils et un autre fut l'aïeul de ceux de Romilly qui donnèrent ce nom à un manoir de Saint- Germain du Pert et qui s'établirent à Louvières en 1669.

De son mariage avec Anne de Launay, Adrien de la Rivière eut sept enfants dont l'aîné Thomas répondit à l'appel de Dieu pour le sacerdoce et devint à 30 ans, curé de la première portion de Louvières. Les registres conservés à la mairie de cette localité le montrent faisant les fonctions pastorales conjointement avec l'un et l'autre le 10 avril 1714 aux obsèques de Pierre Picot, veuf d'Anne d'Aigneaux, baptisant le 12 août 1718 deux cloches et le 13 une troisième cloche par lui donnée pour servir à l'horloge de la belle tour. L'année suivante, le curé Thomas de la Rivière mourait le 27 septembre 1719, à peine âgé de 41 ans, en visite dans sa famille à Cardonville, son corps, transféré le lendemain à Louvières, fut inhumé dans le sanctuaire au côté du midi, par M. Philippe Lelou, curé de la première portion d'Englesqueville en présence, de Guillaume des Mares, curé de la 2ème portion de Louvières, de Jacques Féron, curé de la 3ème, de Nicolas Le Breillon, curé d'Asnières, de JL Bidot, curé de Deux-Jumeaux, et des vicaires de Vierville (Lequeux et du Val-Jacquelin).

Avant la mort du regretté curé, sa famille avait quitté Louvières à la suite du partage des biens du feu seigneur, Adrien de la Rivière. Le curé et ses deux soeurs avaient eu des rentes grevant le fief principal qui devenait la propriété de leur frère Charles; le fief secondaire était attribué au 3ème fils, Pierre-Louis; les terres roturières étaient partagées entre le 4ème et le 5ème fils, prénommés Philippe et André. Le patron de la première cure, Charles de la Rivière se voyant dans l'impossibilité de servir les rentes dues au curé et à ses soeurs vendit le 28 avril 1719 au chanoine Cosme de la Lande, archidiacre de Caen, son quart de fief de chevalier relevant du roi avec droit de juridiction et domaine fieffé de deux cents acres, puis le lendemain 29 avril à un autre prêtre de Bayeux, Thomas Regnault, sieur de Préville, un lieu et entretenant sis à Louvières, contenant cinq acres... sur lequel était assis "le manoir seigneurial et plusieurs combles de maisons, colombier, moulin à eau, basse-cour et jardin potager; une pièce de terre en labour, sise dans la campagne au bout de l'avenue du côté d'Asnières, la pièce nommée le Petit Val, contenant 7 vergées, bornée par le marquis de Bellefond, la Voie à la Dame, les héritiers Legrain, et autres terres bornées par le vendeur et ses frères puinés, y compris une demi-vergée enclose dans la pièce baillée en fieffe au chanoine de la Lande."

Ce contrat fut publié après la grand messe célébrée par le curé Thomas de la Rivière, le 7 mai 1719, mais il fut annulé dès le 26, car le chanoine de la Lande réclama les immeubles vendus à l'abbé de Préville comme "dépendance inséparable de son fief". Il les obtint peu de temps avant sa mort qui fit passer terres et fief de Louvières à sa nièce, mariée à Jean-Jacques de Brossard, sieur des Iles-Bardel. Mais le 3 juin 1720, Pierre-Louis de la Rivière retira à "droit lignager" les fonds vendus par son frère Charles aux abbés de la Lande et de Préville, puis il donna en fieffe à Antoine de Faudoas plusieurs terres faisant partie du contrat à charge de 92 livres de rente, etc. A cet acte intervinrent Charles et Philippe de la Rivière cautionnant leur frère. Le 4 juin, celui-ci vendit à Antoine de Faudoas le surplus des terres du contrat à charge de payer 13 livres de rente au Sieur d'Aigneaux, 3 livres et 3 sols aux obits de Louvières, etc…

Les de Faudoas revendirent les terres de Louvières; le sieur Mabire fut l'un des acquéreurs et l'un des 50 contribuables payant l'impôt du 20ème à Louvières. Les fiefs de patronage passèrent à Thomas de Pierres, fils de Michel et de Madeleine Louvel de Contrières dont les inscriptions tombales sont visibles dans le choeur de l'église. Il s'agit là des aïeux de la famille de Loys, propriétaire actuels du château de Gruchy à Louvières.

Au milieu du 18ème siècle, par mesure d'économie, il fut décidé que les trois cures seraient réunies. D'abord titulaire de la 3ème cure, Jean-Jacques Mabire fut chargé de la 2ème au départ de l'abbé Guérin de la Houssaye pour la cure de Briqueville en 1762, puis il eut aussi la première cure à la mort de son titulaire Jean Gaultier qui s'éteignît âgé de 71 ans et fut inhumé dans l'église le 10 mai 1771.

A ceux qui se demandent ce que faisaient trois curés dans la petite paroisse de Louvières, disons qu'en plus de la prière, de l'enseignement et des autres occupations sacerdotales, les curés assuraient ou au moins surveillaient activement l'éducation des enfants. Ils confiaient à une religieuse de Sées l'instruction des filles; l'un des curés tenait l'école des garçons, les deux autres demeuraient à la disposition des malades et à celle des curés voisins pour les obséques nécessitant souvent la présence de plusieurs prêtres.

A cette époque les curés remplissaient les fonctions d'officier de l'état civil et même de l'enregistrement et de la police. Dans les anciens registres on trouve en plus des actes de baptême, de mariage et de sépulture, les monitoires pour la recherche des criminels, les notifications des ventes et des achats, les élections des collecteurs de la taille, les bannies des biens curiaux et monastiques.

Enfin les curés préparaient leurs futurs successeurs en donnant les premières leçons de latin et en initiant les clercs, parfois les sous-diacres et les diacres, au saint ministère. C'est ainsi qu'à Louvières devinrent prêtres non seulement Thomas de la Rivière, mais aussi Jean-Baptiste de Pierres qui fut curé d'Hyenville près Montmartin-sur-Mer, et Roland Léonard, curé de Louvières de 1656 à 1658. Fils de noble homme Charles Léonard et de Noëlle Anseray, ce curé eut deux frères dont l'aîné, François fut l'aïeul des Léonard de Rampan et de Juvigny, l'autre, Gilles, celui des Léonard de Beaupré, des Isles et de Courcy, en Vierville et Louvières.  Roland Léonard eut aussi deux soeurs qui furent mariées l'une avec Jacques de Canivet, sieur des Londes, patron de Louvières et l'autre avec François de Tallevast, sieur des Hautes Terres en Longueville.

En 1876 tous ceux qui connaissaient, Gaston de Pierres, fils aîné du marquis Adhémar de Pierres, conseiller général, étaient persuadés qu'il serait prêtre. En pèlerinage à Rome avec sa famille, il mourut après quelques jours de maladie. En apprenant cette nouvelle un paroissien de Louvières, que Gaston de Pierres avait vainement essayé de convertir, voulut se préparer à recevoir les sacrements! Lorsque le corps du pieux jeune homme fut transféré dans la chapelle du château, les habitants de Louvières s'offrirent en grand nombre pour entourer son cercueil jusqu'au jour des obsèques. Les coins du drap mortuaire furent tenus par ses camarades de 1ère communion, dont l'un avait été habillé à ses frais.

 

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