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La reconstruction de Vierville


5 - Les routes, les réseaux publics et les terres agricoles


.1 - Après la guerre, les routes publiques existantes étaient souvent élargies mais en très mauvais état et usées jusqu'à la destruction de la chaussée.

Par ailleurs, des routes nouvelles, plus ou moins bien empierrées, avaient été créées à travers les propriétés privées, pour assurer de nouvelles liaisons, et dédoublant parfois des routes existantes
trop étroites.
Après le départ des Américains, ces routes ont rapidement été rendues à leur usages antérieurs par les riverains qui ont remis en place les clôtures et barrières dont ils avaient un urgent besoin pour cloturer les herbages. Leurs animaux étaient parfois sans terres depuis plusieurs mois et avaient dû être abattus.


Par exemple, une route avait été créée à travers le champ du Briscsart pour relier directement la descente à la mer et le chemin de la Chasse au Frêne devant le manoir de Than. De son côté, le carrefour principal avait été agrandi considérablement (photo 10 août 44)

Le mur d'enceinte Est et la route tracée par le Génie US dans le champ du Bricsart en hiver 1945.


La route construite pour relier directement le chemin du Hamel au Prêtre et la route de Saint-Laurent
(photo 10 août 1944)


Autre exemple: le
chemin de la Chasse au Prix avait été dédoublé par une voie créée dans le champ voisin du Fossé-Gras
(photo 10 août 1944)

 

 

 

 

 


Des routes nouvelles encadraient ce champ bordé sur la falaise par 2 grandes haies de pins noirs

(photo 10 août 1944)

Ci-dessous, une piste créée par les Américains, qui préfigure la future rue des Ecoles. Ce chemin desservait notamment des ballons de barrages américains que l'on aperçoit en à droite dans la photo

(photo 10 août 1944)





Deux routes provisoires à forte pente avaient été créées par les Engineers pour redescendre de la falaise, elles étaient utilisées pour le retour à vide des "canards" et des camions.
Une première route avait été construite à l'emplacement de la villa Roger (Sainteny), aujourd'hui villa Philippe Marchal). Elle
reliait le plateau (là où se trouvent les 2 haies de pins noirs) à la plage, en profitant d'un mouvement de terrain favorable. (photo 10 août 1944)


Une seconde route de descente avait été construite au Mont Olive, au dessus de la villa Petel (villa Curto aujourd'hui) (photo 10 août 1944)
Ci-desous, vers 1950, la même route était désaffectée. La commune avait envisagé à l'époque de créer un sentier piétonnier sur cet itinéraire

Un immense terre-plein avait été créé dans le vallon de Vierville pour la desserte du port Mulberry et pour le poste de transfert entre "canards" et camions. Ce terre plein a été mis à profit pour créer l 'avenue de Bedford qui améliorait la descente à la mer. Avant la guerre, celle -ci se faisait par l'étroite Rue de la Mer, aujourd'hui desserte locale.

Sur la vue ci-dessous à gauche, de l'été 1947, le grand terre-plein restait inculte dans le vallon de Vierville et la circulation se faisait toujours par la rue de la mer


hiver 1945, le grand terre plein peu après le départ des Américains


Le grand terre plein, là où se trouvait un étang entouré de murs


Dans le bas du terre plein on voyait les restes de la villa Rinascente et de l'annexe de la villa Cusinberche


En 1956, l'avenue de Bedford (elle portera ce nom plus tard) était en service.

Sa forme définitive se voit sur la photo aérienne de 1965, ci dessous



 

Une autre déviation importante a été créée quelques années après la guerre: la route de Formigny, qui à l'origine contournait le cimetière et l'église en passant le long de la propriété du Manoir de Than, a été déplacée pour passer à l'est de l'église, évitant ainsi les 2 tournants à angle droit autour du cimetière.


En 1947, la route passait encore autour du cimetière, l'église et le clocher étaient toujours en ruine, la chapelle provisoire était visible sur la photo, non loin du carrefour.


En 1955, la nouvelle route laissait église et cimetière à l'ouest. Le clocher était reconstruit, mais l'église était toujours sans toit. Le cimetière n'était pas encore clôturé côté manoir de Than.


En 1958, l'église achevait sa reconstruction, le cimetière était doté de son nouveau mur de clôture. La chapelle provisoire était encore en place (on l'aperçoit derrière le clocher).
Au fond on aperçoit la toute nouvelle avenue de Bedford qui était peut-être encore inachevée.

2 - Les réseaux publics divers

- La distribution électrique était hors d'usage, elle datait de 1930. Notamment, le château a été raccordé à cette époque.
Il semble que la distribution a été remise en service en 1945, au moins partiellement.

- L'éclairage public avait disparu,

Cet éclairage se limitait semble-t-il à un lampadaire suspendu à l'angle du bâtiment logements de l'école, visible sur la carte postale ci-dessous.
Voir la lanterne sur l'agrandissemnt à droite


Cet éclairage était pourvu d'une minuterie, démolie elle aussi en 1944.

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Le bâtiment, endommagé lors du bombardement du 7 juin, a été rasé rapidement pour permettre l'agrandissemnt du carrefour. Ce débouché principal de la sortie de plage D1, était en effet essentiel pour les Américains.


La lanterne d'éclairage public avant la guerre. Elle était placée au carrefour central de Vierville. Question aux anciens de Vierville, qui est la personne marchant devant le bâtiment ??


- Le petit réseau téléphonique avait disparu. Il se composait d'un nombre limité de postes non automatiques, réseau installé peu avant la guerre.
Rares étaient les personnes raccordées, elles devaient appeler un téléphoniste installée à la Poste de Trévières, lequel raccordait le correspondant demandé.

A titre d'exemple, le raccordement de Madame Hausermann (au château de Vierville) avait été fait pour la première fois début janvier 1940. voici ce qu'elle écrivait le
9 janvier 40 extraits:
".......On m'installe le téléphone en ce moment, appareil portatif dans mon petit salon, double sonnerie (une dans la cuisine) cela sera pratique, quoique depuis la guerre, il est interdit de téléphoner de dépt. à dépt. J'espère obtenir pour raisons de santé de pouvoir téléphoner avec vos soeurs (à l'époque on passait toujours par un opératrice dans nos campagnes ; l'automatique existait à Paris et dans les grandes villes, et naturellement pas pour l'inter-urbain ).Les Anglais qui sont maîtres du département sont féroces là-dessus, en tous cas cela permettra plus facilement pour les courses à Trévières, à Bayeux, etc ; car une fois les soeurs parties je suis absolument à pied. "

Ce réseau semble avoir été remis en service de façon limitée dès 1945 ?

- Pour mémoire, il y avait une absence complète de distribution d'eau potable et d'assainissement.

Un lavoir public se trouvait au centre du bourg. Le bassin existe toujours, dans le quartier des Fontaines, mais il est aujourd'hui à sec. A proximité se trouvait un petit étang appelé le vivier ou l'abreuvoir, à sec aujourd'hui et non entretenu. (Voir page 6531 des photos de ce vivier)

Chaque habitation avait son ou ses puits pour les besoins domestiques. La nappe phréatique se trouvait très proche, à 2 ou 3 mètres de profondeur généralement. Voir page 649, les vieux puits couverts de Vierville

L'évacuation des eaux était assurée dans des puits perdus, y compris pour les WC, placés généralement au bout du jardin, le plus loin possible des puits servant aux besoins domestiques. Seules quelques maisons avaient des fosses septiques sommaires, sans traitement des effluents qui étaient envoyés dans des fosses creusées sous les WC..

Les plus grandes maisons disposaient d'une distribution intérieure sous pression et faisaient contrôler la qualité de l'eau annuellement par le pharmacien de Trévières.

La plupart des herbages et les fermes disposaient d'une mare pour le bétail ou les canards. Ces mares ont été abandonnées et bouchées dans les années d'après guerre (par exemple la mare du Bricsart). Le grand étang situé dans l'herbage face au château avait été comblé par les Américains pour leurs besoins de circulation.

Voir page 46 l'exposé d'un professeur - résident secondaire - sur les batraciens du Bessin et son souhait de voir des mares remises en places à Vierville. Cela permetrait de retrouver une part de la diversité des espèces sauvages.

La distribution publique d'eau potable
a été installée dans les années 50.

Quant à l'assainissement collectif, il a été réalisé en 2004-2005 pour la plus grande partie de la population agglomérée. Les habitats plus dispersés sont maintenant astreints de leur côté à un assainissement individuel conforme à des normes strictes.


Inauguration de la station d'épuration, 2005


Sur ce plan approximatif de 1882, on voit les 2 étangs disparus depuis la guerre et le lavoir de Vierville. Ce dernier avait plutôt la forme du plan ci-dessous

Plan de 1872


La pompe à bras à côté de l'église, elle fonctionne toujours, souvenir de l'époque pas si lointaine où la distribution publique d'eau n'existait pas (avant 1955)

 

 



3 - Des herbages, bois et labours ont été occupés pendant de longs années, parfois aménagés par les Allemands avec des constructions d'abris bétonnés ou non, de souterrains. Par exemple, le bois du manoir de Than était truffé d'une douzaine d'abris enterrés.
L'occupation américaines a été beaucoup plus intense mais n'a duré que 6 mois.

Ci-dessous et ci-contre, des exemples d'occupations d'espaces agricoles à Vierville pendant l'été 1944: alignementsde tentes, de véhicules, dépôts de vivres, matériels, munitions, batteries de DCA (canons Bofors de 40mm ou mitrailleuses lourdes quadruples), ballons de barrage, etc...


Exemple de campements américains sur la route de Saint-Laurent


Sur cette photo de l'été 44, on voit en bas à gauche, l'hernage du Fossé Gras, à côté du bois du château, occupé par de nombreux véhicules et des tentes


Le plan des nombreux abris construits par les Allemands dans le parc du manoir de Than.


Campements américains sur la route de Formigny


Campements US à Fosses Taillis


Exemple d'un herbage dont les haies sont longées par des alignements de tentes individuelles (route de Saint-Laurent)

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