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Destruction et reconstruction des bâtiments privés de Vierville

Plage et arrivée à la mer

Voir aussi

661-5731-Rues de la Mer et de la Percée
662-La plage de sable
663-La côte vers la Percée
664-Le boulevard de Cauvigny


La plage et l'arrivée à la mer en 1939

Un pointage approximatif montre qu'il y avait en 1939, sur les 2 km du boulevard de Cauvigny face à la mer, environ 35 propriétés bâties, non compris leurs annexes. De nombreux terrains étaient d'ailleurs non bâtis avant la guerre, le long du boulevard.

Sur la rue de la mer
, du pied de la descente jusqu'à la carrière (avant la maison Le Bastard), il y avait environ 20 à 25 maisons, villas ou commerces (Hôtel-Restaurant du Casino et Etablissement Le Gallois), y compris la maison de Mr. Gambier, encastrée un peu plus loin dans la falaise, et non compris les nombreuses cabines de plage en location (principalement par Le Gallois). Rappelons qu’il n’y avait pas de camping organisé avant la guerre à Vierville.


Lors de leur arrivée le 18 juin 1940, les Allemands
ont occupé pour leur besoin les villas vides d'occupants. Celles qui étaient occupées, notamment le Casino, l'Eden-bellevue, les villas Hortensias (Michel Hardelay) et La Source (Charles Mathy) n'ont été occupées qu'en 1941 (date exacte?) lorsque les Allemands ont exigé le départ des propriétaires qui se sont réinstallés dans le bourg; Notamment Michel hardelay est venu dans la maison située au bout de l'impass Pavée, et les Mathy ont été hébegés chez les Campserveux route de Formigny.

Les Allemands ont commencé des destructions systématiques dès 1943. Ils avaient pour objectif de dégager leurs champs de tir pour la défense de la plage.
On pourrait imaginer qu'ils se soient hâtés de tout démolir à coup d'explosifs. Mais ils devaient en même temps construire de nombreux abris regroupés en points fortifiés (les WN) au voisinage des descentes de Vierville et Saint-Laurent et au dessus des villas Hardelay et Chevalier.
Ils ont alors pris le parti de récupérer au maximum les matériaux des maisons à détruire, notamment les poutres de bois ou de métal réutilisables.

La démolition systématique des construction a donc été assez lente, une série de photos aériennes prise par les Alliés le 30 juin 1943 montre bien l'avancement des travaux. Il s'agissait de détruire une soixantaine de maisons, le travail était peut-être fait à 30 ou 40% seulement.

Juste avant le 6 juin 1944, il restait encore en cours de démontage environ une dizaine de grandes maisons dans la partie centrale de la plage de Vierville: les villas Hardelay, Chevalier, Richard (sur terrain Fortescue aujourd'hui), Colin ("Grain des Sable",sur terrain Marchal Jacques aujourd'hui), Schaeffer (sur terrain Voisin aujourd'hui), Heuline (sur terrain Robert Lebrec aujourd'hui), Mathy, maison de jardinier Mathy, maison de jardinier Parmentier, villa Roger (Sainteny, aujourd'hui, terrain Marchal Raymond). Certaines de ces maisons avaient encore leur toit.

De plus, certaines constructions au pied de la descente de Vierville avaient été volontairement épargnées, car elles servaient aux Allemands pour divers usages, notamment:

- l'Hôtel du Casino (servant de maison de repos pour des soldats éprouvés par les combats) ,

- la villa Mary (servant de poste radio et d'observation pour la Kriegsmarine)
- un petit bâtiment blanc, à toit plat et 2 niveaux, situé derrière la villa "Les Chimères" de la famille Cusinberche - laquelle semble avoir été détruite dès avant le 6 juin - (utilisé pour les services du WN71/72 ?)
- La maison de Mr Gambier, encastrée dans la falaise, (utilisée pour les services du WN73).

Le 6 juin à 6h00 des bombardements aériens et navals ont visé l'arrivée à la plage avec ses points fortifiés WN 70 à 73.

Les bombardements aériens, - des bombes de 250 et 50 kg lancées par une centaine quadrimoteurs B24 "Liberator" à haute altitude et au dessus des nuages - , ont été inefficaces, dispersés dans la campagne intérieure, faute de moyens de visée assez précis. Ils n'ont causé aucun dégâts aux objectifs visés, mais ils ont parfois tués des agriculteurs dans leurs champs. Ainsi la grand mère de notre maire actuel, Louise OXEANT (35 ans), et un de ses fils, Bernard OXEANT (14 ans), ont été les victimes dramatiques d'une de ces bombes égarées, alors qu'ils étaient partis traire des vaches dans un herbage de Louvières. Un autre habitant de Louvières, Louis BERNARD (36 ans), a aussi été tué dans les mêmes conditions.

Par contre les bombardements navals ont été mieux ciblés et il est probable que les 4 bâtiments épargnés par les Allemands, dont nous avons parlé, l'Hôtel du Casino et 3 maisons, ont été atteints dès le matin par les tirs des navires américains et anglais (cuirassé USS Texas, avec son artillerie moyenne de 127mm, croiseur HMS Glasgow avec artillerie de 150mm, et de nombreux destroyers et plus petits navires).

Par la suite d'autres bombardements eurent lieu, notamment vers 12h30, le Texas a tiré plusieurs salves de ses canons lourds de 356 mm sur les WN 71 et 72 au pied de la descente. La puissance de ces obus de 700 kg chacun a certainement contribué à achever les démolitions.
Plus tard en fin d'après midi, c'est l'artillerie de campagne Allemande qui a pris pour cible la descente de Vierville, empêchant le génie Américain d'y ouvrir rapidement une route de sortie de plage.

Ensuite pendant les 6 à 7 mois d'exploitation du port d'Omaha Beach, les terrains bordant la mer avaient servi de routes, dépôts, cantonnements et ateliers aux Américains du 11ème Port (PC au château de Vierville) et de la 6ème Brigade Spéciale du Génie (PC au château de Gruchy).
Dans la descente, toutes les constructions avaient été remplacées par un immense terre-plein plus ou moins bien empierré, s’étendant du bord de mer jusqu’à la route Grandcamp - Port-en-Bessin.
L’ancienne carrière qui existait en rive est de la rue de la mer, avait été remise en service par le Génie Américain et largement agrandie.

Fin 1944, plus
rien n'était habitable de ce qui existait avant guerre, disparu, rasé au sol, à l'exception de quelques rares villas du centre de la plage (parfois avec encore leurs toits) : villas Hardelay, Chevalier, Heuline, Mathy, Roger.
Leurs murs ont servi parfois pour les reconstructions, notamment les villas Hardelay et Mathy qui ont repris leur aspect d'avant guerre. Les murs de la villa Heuline ont servi pour construire la villa de Robert Lebrec, mais avec un toit en terrasse.
.

Toutes ces circonstance ont favorisé un nouveau tracé des routes et un remembrement complet des propriétés proches ou dans la descente à la mer, avec l'objectif de ne plus accepter des propriétés privées entre plage et voies publiques (boulevard de Cauvigny et rue de la Percée
).

Sur la zone ainsi remembrée du pied de la descente à la mer jusqu'à l'ancienne carrière, on trouve aujourd'hui environ 25 maisons et villas nouvelles. Y compris l'Hôtel du Casino et la Brasserie-Meublé-Bazar de la Plage, une salle des fêtes pour la commune, un bunker transformé en monument historique par la Garde Nationale des Etats-Unis, un autre bunker transformé en garage à bateaux, et quelques autres bunkers moins importants pouvant être éventuellement mis en valeur.
Il y en avait à peu près autant de bâti avant guerre, mais sur un cadastre complètement différent
.
De nombreux monuments commémoratifs y ont aussi été installés par les associations d'anciens combattants et résistants américains et français.
Les cabines de plage d'avant-guerre n'ont pas été reconstruites, mais un camping a été créé dans les années 1970 sur la falaise.

Sur le boulevard de Cauvigny, la reconstruction a aussi été terminée dans les années 1950 et 1960 et complétée ensuite par de nombreuses villas entièrement nouvelles.
Aujourd'hui, on peut y compter environ 60 à 65 propriétés bâties (au lieu de 30 à 35 avant guerre) et il n'y a plus que très peu de terrains constructibles non bâtis. Toutefois sur chaque terrain déjà construit, les droits à construire théoriques autorisé par les COS (Coefficients d'Occupation des Sols) ne sont pas souvent épuisés. Il s'agit bien sûr de droits théoriques, car ces droits sont aujourd'hui soumis à l'appréciation des commissions de protection du Grand Site d'Omaha Beach. Le Grand Site a en effet pour mission de principe "d'assurer la préservation de ses qualités exceptionnelles, qu'elles soient pittoresque, historique, scientifique ou légendaires"
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